L’oeuvre de Saint Maxime est en particulier intéressante par le fait qu’elle nous permet d’aborder d’une manière plus précise le mystère de l’incarnation. Dans la lignée des théologiens capadociens (Saint Basile, Saint Grégoire de Nazianze, Saint Grégoire de Nysse), Saint Maxime développe les concepts de nature et d’hypostase. L’utilisation de ces deux concepts représente une base nécessaire pour la compréhension de l’oeuvre de Saint Maxime.
Selon Saint Maxime, les deux natures humaine et divine du Christ sont sauvegardées en réalité et en fait : « la définition essentielle de chacune d’elles est conservée, et elles ne subissent du fait de leur union ni changement, ni altération, ni mélange, ni confusion, ni diminution, ni contraction, ni conversion de l’une en l’autre. Il subsiste entre elles une différence immuable sans qu’elles soient pour autant séparées »[1].
De manière à permettre la compréhension de la présence des deux natures humaine et divine en Christ, les pères introduisent la notion d’hypostase. Pour expliquer ce concept, Saint Maxime cite Saint Basile dans sa lettre XV : « Mais s’il nous faut à nous aussi dire en peu de mots ce qui nous semble, nous dirons ceci : le rapport entre le commun et le particulier, l’essence l’a vis à vis de l’hypostase. Car chacun de nous aussi participe par le commun de l’essence au verbe [Logos] de l’être, et par les particularités qui le cernent il est tel ou tel »[2]
Cette union des deux natures ni mélangées ni confondues se fait selon l’hypostase divine du Fils de Dieu. Il ne s’agit pas d’une nouvelle hypostase formée après l’union des deux natures, c’est la nature humaine du Christ qui se retrouve « enhypostasiée » dans l’hypostase du Logos. La nature humaine du Christ n’a pas d’hypostase propre et c’est « de l’hypostase du Verbe que la nature humaine du Christ prend son existance et tient sa subsistance »[3]. Cette notion d’hypostase permet ainsi d’éviter les idées d’union naturelle des monophysistes ainsi que celle d’union relationnelle des nestoriens.
Saint Maxime illustre très bien cette idée dans sa lettre XII : « Il S’était fait homme et S’était incarné de la glorieuse et toujours Vierge Marie, proprement et véritablement Mère de Dieu, unissant à lui selon l’hypostase une chair venue d’elle, consubstantielle à nous, animée d’une âme raisonnable et noétique [….] Ni le fait d’être Dieu n’est mis de côté par celui de devenir homme ; ni celui de demeurer ce qu’Il était et est ne l’empêche de devenir ce qu’il n’était pas : un homme. »
C’est justement cette représentation du Christ qui sera la cible des hérésies que Saint Maxime affrontera. Que se soit le monophysisme, le monoénergisme ou le monothélisme, toutes ces hérésies rejettent la vision orthodoxe de l’incarnation.
[1]Saint Maxime le Confesseur, Jean-Claude Larchet, p 166.
[2]Saint Basile de Césarée, Lettres, CCXIV, 4.
[3]Saint Maxime le Confesseur, Jean-Claude Larchet, p 166.